Il
ouvrit la porte de la salle de bain. Ce qui le frappa ce fut le
froid qui régnait dans cette pièce. La fenêtre
était grande ouverte, ce qui le surprit. On était en
plein hiver ! Il promena son regard dans la salle. Le soulagement
le submergea. Elle était là ! Adossée contre
la baignoire. Son soulagement fut de courte durée, d'un coup
la panique le gagna. Il l'avait retrouvé oui, mais dans quel
état ? Elle était couverte de sang ! Elle leva la
tête vers lui. Elle était toujours aussi magnifique
malgré ses yeux rouges et humides et les longues
trainées noires qu'avait laissé son mascara sur ses
joues rosies par le froid. Elle avait pleuré. Le vent
glacé faisait voler les rideaux qui semblaient se prendre
pour des fantômes. Il s'agenouilla près d'Elle. Son
regard tomba immédiatement sur le fond de la baignoire. Il y
avait beaucoup de sang ! Trop de sang ! Il baissa les yeux vers
Elle et vit avec horreur ses poignets mutilés et la lame
qu'Elle tenait encore entre ses petites mains fragiles.
NON ! Elle ne pouvait pas le laisser maintenant ! Pas au moment
où Il avait le plus besoin d'Elle ! Elle ne pouvait pas
l'abandonner ! Elle ne pouvait pas mourir ! Il la prit dans ses
bras. Il fallait qu'Il fasse quelque chose pour arrêter
ça. Pour la sauver ! Mais Il ne parvenait pas à
bouger. Il était tétanisé, paralysé !
Elle ferma les yeux.
NON ! NON ! NON ! Elle ne pouvait pas le quitter ainsi ! Des larmes
coulèrent sur ses joues. C'était comme si on lui
arrachait une partie de son âme ! Une partie de lui !
Elle entrouvrit légèrement ses paupières et le
fixa intensément de ses superbes yeux verts et laissa
échapper un murmure : « Je t'aime. »
Il en fut ému. Cela faisait tellement longtemps qu'Il
espérait l'entendre prononcer ces mots ! Mais pas dans ces
conditions !
« Moi aussi je t'aime. Ne me laisse pas ! Pas maintenant ! Je
t'en prie. »
Ses yeux se refermèrent. Elle ne bougeait plus. Non,
ça ne pouvait pas se finir ainsi !
Il la serra contre lui, anéanti. Il n'avait plus conscience
de rien.
Il ne savait plus depuis combien de temps Il était
là, à la tenir dans ses bras, à la bercer
doucement comme si Elle dormait, comme s'Il avait peur qu'Elle ne
disparaisse, quand ses parents le trouvèrent ainsi
effondré. Il sentit qu'on essayait de les séparer, Il
ne réagissait pas mais s'accrochait à Elle avec
l'énergie du désespoir. Il était
détruit. Sa vie n'avait plus de sens. Sans Elle à
quoi bon vivre ?
De plus en plus de gens les entouraient mais Il n'en avait pas
conscience. Il n'en avait plus conscience. La seule chose qui avait
encore de l'importance pour lui, c'était Elle. Mais Elle
n'était plus. C'était fini. Elle n'était plus
là à présent.
Ils finirent par les séparer, ces gens en blouse
blanche.
La regardant une dernière fois Il s'élança
hors de la maison. Il entendit des voix crier derrière lui
mais n'y prêta aucune attention. Il courait à travers
les rues mal éclairées. Ces rues
détrempées où Il avait toujours
vécu.
Il faisait nuit. Nuit noire. Nuit sans étoiles. Nuit de
détresse et de désespoir.
Il courait toujours, de plus en plus vite, le plus vite qu'Il
pouvait, laissant ses larmes inonder son visage
déterminé. Il savait ce qu'Il avait à faire.
Ce qu'Il devait faire !
Il arriva à destination. Le pont. Ce pont même
où Il l'avait rencontré. Ce pont où Elle avait
déjà tenté de se tuer le jour où Il
l'avait sauvé. Il l'avait déjà sauvé
une fois, alors pourquoi aujourd'hui avait-Il failli ? Il aurait du
la protéger comme Il lui avait promis ! Il aurait du
être là plus tôt pour l'en empêcher ! Il
aurait du la sauver !
Ce pont de quinze mètres de hauteur. Ce pont qui surplombait
la rivière. De Ce pont Il la rejoindrait ! Il s'appuya sur
l'énorme bloc de pierre servant de barrière.
Elle lui avait dit qu'Elle l'aimait pour la première fois.
Il avait été heureux, seulement Il avait
réalisé qu'Elle le quittait et ce pour toujours !
Elle était la meilleure chose qui ne lui soit jamais
arrivée. Son premier amour. Son seul amour. Il ne pourrait
jamais vivre sans Elle ! Il ne le supporterait pas. C'est pourquoi
en cet instant Il franchit le dernier obstacle entre lui et le
vide. Il s'assit un moment sur la barrière. Il allait la
rejoindre. Ils seraient ensemble pour l'éternité. Il
sauta. Il rejoignit la seule femme présente dans son
cœur.
Ensemble dans la vie ou dans la mort. Elle avait choisit la mort.
Il la suivait.
Il l'aurait suivit n'importe où.
Puis, Il heurta les rochers en contre bas.
C'était fini.
Amour passionnel. Amour obsessionnel. Amour mortel. Amour
éternel.
Photo prise au musée des Arts et Métiers à Paris
Photographe
: Moi 






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