La semaine qui suivit fut dure à supporter.
Melody allait au pont chaque soir, le cœur débordant d’espoir et Nathan évitait d’y retourner pour ne pas attiser ses souffrances en la revoyant. La jeune fille repartait toujours déçue et l’adolescent s’enfonçait dans son désespoir.
L’adolescente appris à ses dépends ce qu’était l’amour, pour la première fois, et découvrit l’immense peine qui l’accompagnait. Elle haïssait cette émotion pour le mal qu’elle lui faisait.
Pourquoi est-ce toujours quand on perd quelqu’un que l’on s’aperçoit de l’importance qu’il a pour nous ?
C’était maintenant qu’elle n’était plus avec lui et qu’elle savait qu’elle ne le reverrait sans doute jamais que ses sentiments se révélaient. Quand elle se promenait en ville, elle avait l’impression de le voir partout, tant il était présent à son esprit.
Nathan se tuait au travail pour oublier. S’il travaillait, il ne pensait pas. S’il ne pensait pas, il oubliait son cœur meurtri. S’il oubliait, il ne souffrait pas. Le jeune homme arrivait tôt le matin et repartait tard le soir. Il travaillait autant qu’il pouvait pour ne laisser aucun répit à ses pensées vagabondes. L’adolescent dormait de moins en moins, le sommeil ne l’aidait pas à oublier, au contraire, elle peuplait ses rêves, et la douleur n’en était que plus cuisante au réveil. Jamais il n’avait connu plus cruel sentiment que l’amour.
Ce soir là, ses deux amis, Andrew et Alicia, étaient venus chez lui, et tentaient de lui changer les idées. Discutant de tout et de rien, ils essayaient de faire dévier le cours de ses réflexions. Les deux jeunes gens n’étaient au courant de rien en ce qui concernait Melody. Nathan ne leur avait rien dit, pas pour leur cacher, mais il avait du mal à assumer le fait que cette fille sorte de sa vie aussi rapidement qu’elle y était entrée, l’affecte plus que le décès prématuré de son père.
« Et si on allait en boîte ? Suggéra joyeusement la jeune fille, s’efforçant d’attirer l’attention de son ami.
_ Ouais, on pourrait aller au Pulse ! Tu sais la nouvelle boîte qui vient d’ouvrir ! Renchérit Andrew.
Les deux adolescents attendaient, anxieusement, la réponse de Nathan, qui les fixait d’un œil morne. Aussi furent-ils surpris quand le jeune homme accepta cette sortie. Grâce à cette soirée, il réussirait peut-être à oublier ses problèmes, du moins, le temps d’une nuit. Surement trouverait-il une fille pour le distraire. Ils entraînèrent aussitôt Nathan vers la voiture d’Andrew, garée devant la maison, avant qu’il ne change d’avis.
Dix minutes plus tard, ils étaient au Pulse. L’ambiance à l’intérieur était étouffante et une immense sono beuglait de la musique, tellement fort que l’on ne s’entendait plus. Il y avait une foule incroyable ! A croire que la moitié de la ville s’était donné rendez vous ici ce soir. Les trois adolescents eurent du mal à se déplacer sans se perdre de vue. Nathan avisa le bar à sa gauche, et voyant ses amis se déhancher sur la piste de danse, s’y dirigea à grand peine, se frayant un passage au milieu du nombre incalculable de gens lui bloquant la route. Il arriva enfin au comptoir, après de nombreux efforts, heureux d’être encore en un seul morceau. Le jeune homme s’assit sur le tabouret le plus proche et s’accouda au bar, tel un homme échoué ici par hasard, rejeté par les éléments naturels. L’adolescent se retourna pour observer les danseurs, cherchant Andrew et Alicia du regard, en vain. Le mouvement désordonné que formait le flot de personnes présentes au centre de la salle, lui donnait le tournis. Les éclairages crus et éblouissants, lui agressait les yeux, il ne pouvait pratiquement pas discerner les visages. Nathan fini par reprendre sa position initiale, accoudé au comptoir.
Le regard du jeune homme tomba sur une tache de café. De forme circulaire, elle lui faisait penser à un puits sans fond, un abysse de ténèbres.
Des images se mirent à défiler dans sa tête tandis qu’il fixait cette marque. Un fleuve. Des rochers. Un pont. Son pont. Sa folie. Elle.
« Je vous sers quelque chose ? »
Le barman le sortit de ses pensées volages qui l’emportaient vers des rives bien trop dangereuses pour lui. Son esprit. Son cœur.
L’alcool l’aiderait sans doute à cesser de penser, à oublier. S’il buvait assez, il arriverait à ne plus avoir conscience de ce qui l’entourait. Il se décida donc à commander.
« Whisky, s’il vous plait.
_ Très bien, tout de suite. »
L’homme le servit et s’éloigna.










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